Le coût du logement ampute les bas revenus
- Logement : comment sortir de la crise , Alternatives Economiques n° 255.
- Logement : le boom des loyers , Alternatives Economiques n° 268.
Parmi le dixième des ménages percevant les plus bas revenus (hors étudiants), 67 % étaient locataires en 2002, selon une étude (1) du Centre d’analyse stratégique (CAS, ex-Commissariat général du Plan). En 1988, ils n’étaient que 38 % dans ce cas. Une progression spectaculaire, alors que toutes les autres catégories de ménages étaient de moins en moins souvent locataires (à l’exception de ceux du 2e décile, c’est-à-dire se situant également en bas de l’échelle des revenus, juste après le dixième le plus défavorisé). Le loyer pèse donc de plus en plus fréquemment sur le budget des ménages à bas revenus. En outre, lorsqu’ils sont propriétaires de leur logement, les trois quarts de ces ménages à bas revenus sont « accédants » à la propriété, ce qui veut dire qu’ils doivent, chaque mois, rembourser leurs emprunts. Parmi le dixième de la population aux revenus les plus élevés, la moitié seulement des propriétaires sont « accédants ».
Pas étonnant, donc, que les ménages du bas de l’échelle présentent une « sensibilité » très forte aux évolutions des loyers, des charges qui leur sont liées ou des remboursements à effectuer pour ceux qui accèdent à la propriété. En 1988, les « accédants » du premier décile (le dixième le moins riche) consacraient en moyenne un quart de leurs revenus au remboursement de leurs emprunts logement. En 2002, ils y consacraient 31 % de leurs revenus. Quant aux locataires, loyers et charges absorbaient 19 % de leurs revenus en 1988, 23 % en 2002 (et sans doute encore davantage en 2007, compte tenu de la hausse observée pour les loyers).
Toutefois, cette moyenne masque un écart grandissant entre les locataires en HLM (qui représentent 45 % des ménages du premier décile) et les locataires du privé. Pour les ménages du premier décile, les loyers ont augmenté (en euros constants) de 14 % entre 1988 et 2002 dans le cas des locataires HLM, et de… 51 % quand ils logent dans le parc privé. Certes, les allocations logement ont permis d’absorber une part de la différence, mais pas de l’annuler (2). Si bien qu’en 2002, après déduction des aides au logement, les loyers et les charges absorbaient 17 % des revenus des ménages du bas de l’échelle habitant dans le parc social, et 32 % de ceux habitant dans le parc privé (voir graphique). Certes, une partie de la hausse des loyers peut s’expliquer par une amélioration de la qualité des logements loués par les ménages aux revenus les plus faibles, désormais équipés à plus de 80 % de chauffage central et de sanitaires (contre 55 % en 1988). Reste que cette qualité accrue se paye douloureusement quand on habite le secteur privé. On comprend mieux la ruée vers le logement social, alors même que l’effort net de construction a été et reste largement insuffisant (3).
Notes
(1) « La société française : entre convergences et nouveaux clivages », rapport annuel du CAS, 2007, en ligne sur www.strategie.gouv.fr
(2) L’auteure estime que ce sont justement les aides au logement qui ont poussé les loyers vers le haut, les propriétaires bailleurs en « récupérant » ainsi une partie (la moitié, selon elle). Voir Economie et statistique n° 381-382, octobre 2005 (en ligne sur www.insee.fr).
(3) Voir « Logement : comment sortir de la crise », Alternatives Economiques n° 255, février 2007.
























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